Nicolas Sarkozy reçoit deux jours durant, lundi et mardi, les représentants d'une communauté universitaire qui se cabre contre le projet de loi sur l'autonomie des universités, dénonçant la volonté de l'exécutif d'imposer au pas de charge une réforme qu'elle conteste sur le fond.
"Les deux jours qui viennent seront fondamentaux", a résumé dimanche Bruno Julliard, auprès de l'AFP. "Nous n'y allons pas pour orchestrer une rupture mais pour convaincre M. Sarkozy qu'une réforme négociée est possible", a ajouté le président des étudiants de l'Unef et leader du mouvement contre le CPE.
La tension est montée vendredi soir entre le gouvernement et la communauté universitaire qui a rejeté majoritairement son projet de loi, lors du vote au Conseil national de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (Cneser), instance consultative.
Trois points du projet cristallisent l'opposition: la composition des conseils d'administration, qui passeraient de 60 à 20 membres, l'introduction d'une sélection dès l'entrée du master (bac+4) et d'une autonomie à la carte, perçue comme un facteur de "mise en concurrence des universités".
"On ne peut pas subordonner l'attribution de moyens nouveaux à l'application d'une réforme, ce n'est pas un cadeau que l'on demande, c'est la réponse à des besoins", a expliqué à l'AFP Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU.
Reçu lundi par le président de la République, le responsable du principal syndicat de la fonction publique d'Etat compte "lui dire qu'il y a de vraies urgences pour l'université et que son projet de loi ne va rien améliorer pour le prochaine rentrée, loin de là".
"Il n'est pas acceptable d'aller aussi vite et sans tenir compte de l'avis de la communauté universitaire. Que le texte passe maintenant ou plus tard ne change rien pour la rentrée", a argumenté M. Aschieri, dont l'organisation avait quitté la réunion du Cneser avec la CGT, le Sgen-CFDT et les syndicats étudiants Unef et Fage, en dénonçant un "semblant de concertation".
La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a affirmé samedi que la concertation avait "permis d'exprimer tous les points de vue et d'enrichir considérablement le texte", notamment avec "la réaffirmation de l'engagement de l'Etat aux côtés des universités, y compris celles à qui sera confiée une grande autonomie".
Sans convaincre. De sorte que c'est de M. Sarkozy que les représentants de l'université attendent désormais des gestes significatifs.
"Nous espérons au minimum qu'il ne fasse pas passer en force sa loi et qu'il prendra des engagements pour la rentrée", confie M. Aschieri, qui ne "se plaint pas" que le chef de l'Etat "manifeste son intérêt pour ces questions".
Ayant le sentiment d'avoir été "trahis" vendredi par un ministre sans marges de manoeuvre, les étudiants, eux aussi, "attendent beaucoup" de leur audition à l'Elysée, mardi.
"La seule issue pour éviter une crise grave à la rentrée, dont nous prendrions la tête, est que Nicolas Sarkozy fasse des concessions", affirme Bruno Julliard, qui "veut une réforme, mais pour toutes les universités".
"Le gouvernement ne se rend pas compte de la chance qu'il a d'avoir des interlocuteurs prêts à la négociation, c'est incompréhensible!", a-t-il déploré.
La conférence des présidents d'université sera reçue à l'Elysée lundi à 15H30. Mardi viendra le tour des fédérations de personnels et d'enseignants-chercheurs (17HOO) et des organisations étudiantes (18H00). Le projet sera examiné en Conseil des ministres mercredi.
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