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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /2007 12:56

"Malgré les négociations, c'est la base qui décide, à chaud"
 


Sources : Challenges.fr | 19.11.2007 | 11:06 |


par René Mouriaux, professeur de sciences politiques, auteur du "Syndicalisme en France" (PUF, 5e édition, 2005).

Propos recueillis par Jean-Marie Pottier, (le vendredi 16 novembre 2007)


Jeudi, beaucoup d'observateurs croyaient apercevoir la fin du mouvement contre les modalités de réforme des régimes spéciaux. Or, il paraît reparti, et certains considèrent que les syndicats sont dépassés par leur base. Cette vision vous paraît-elle vraie ?
Les fédérations ont toujours dit que les négociations seraient soumises à l'approbation des salariés, donc ce phénomène n'est pas surprenant. La CGT, par exemple, savait très bien que ses troupes étaient très fortement mobilisées à certains endroits.

Le syndicalisme français n'est pas un syndicalisme d'encadrement mais de confrontation : il y a toujours eu chez lui cette "double détente", avec une base qui dit à sa direction "Vous pouvez négocier, mais il faudra obtenir". C'est quelque chose que l'on a déjà observé en 1936, en 1968, en 1995… Malgré les négociations, c'est la base qui décide, à chaud.


Comment expliquer le fait que le mouvement "résiste" ainsi pendant plusieurs jours ?


Ici, la comparaison avec 1995 s'impose, avec plusieurs grandes différences. Le front social est beaucoup plus restreint, puisque la Fonction publique, et notamment les enseignants, ne sont plus concernés par la réforme, qui touche 500.000 actifs qui ne sont pas encore à 40 ans de cotisation.
Ensuite, le phénomène de "grève par procuration" constaté à l'époque par Stéphane Rozès [directeur du département opinion de CSA, ndlr], et associant les salariés du public et ceux du privé, est beaucoup plus fragile. 

Enfin, la position du gouvernement est beaucoup plus forte, car Nicolas Sarkozy a effectivement été élu sur un programme d'inspiration libérale, alors que Jacques Chirac avait lui été élu sur un programme de "fracture sociale".

Par rapport à ces différences, la résistance du mouvement s'explique par plusieurs facteurs. Il y a le fait que cette réforme constitue une rupture unilatérale du contrat de travail difficilement compréhensible pour des salariés qui avaient été embauchés sur la base d'un régime spécial de retraite.
Il y a ensuite une certaine arrogance du gouvernement, symbolisée par la déclaration de Nicolas Sarkozy, le 11 septembre, sur la situation "indigne" des régimes spéciaux, ou par celle de François Fillon expliquant que la question des carrières longues, qui constituait un des acquis obtenu par la CFDT en mai 2003, serait réexaminée. 

Il y a enfin l'augmentation de 140% du salaire du chef de l'Etat, qui a fait tache dans ce contexte.
Face à cela, le gouvernement a hésité entre deux attitudes: passer en force, avec des dates-butoir, ou négocier. Or, une fois que la machine de la grève est lancée, il faut du concret, alors que le flou alimente la dynamique des revendications des deux côtés: il suffit de voir les récentes déclarations de Patrick Devedjian évoquant la possibilité de "contre-manifestations"… Malgré la présence de Raymond Soubie, ce mouvement a été mal géré par le gouvernement, qui n'a pas trouvé les bonnes propositions pour le désamorcer.


Contrairement à 1995 et 2003, la direction de la CFDT s'est impliquée dans le mouvement, alors que, pour la CGT, Bernard Thibault a surpris en acceptant des négociations au niveau des entreprises la veille du début de la grève...


L'attitude de la CFDT est liée au fait que le gouvernement va trop vite, bouscule, ne prend pas soin de ses partenaires. Elle trouve que le calendrier de cette réforme n'est pas raisonnable et qu'elle manque de concertation: le chef de l'Etat reçoit, mais on a l'impression que l'intendance ne suit pas derrière. De plus, elle a perdu 100.000 adhérents après le mouvement de 2003 et ne veux pas essuyer de nouvelles pertes.

La CGT, elle, craint l'isolement et la surenchère. L'annonce de Bernard Thibault était symbolique, puisque la grève était déjà lancée. Il savait que la négociation globale n'était pas possible et que le rapport de force était défavorable, et ne voulait pas que la CGT apparaisse une nouvelle fois comme négative, nihiliste, alors qu'elle signe beaucoup d'accords dans les entreprises.

Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire) - Publié dans : Analyses
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