Le paysage syndical en pleine
recomposition
Le 3 décembre 2008, les salariés et leurs employeurs du secteur privé ainsi
que les chômeurs vont désigner leurs juges prud'homaux, chargés de trancher en première instance les litiges de droit du travail. Cette élection est d'ordinaire quinquennale, mais 6
ans se seront écoulés depuis le dernier scrutin, pour cause d'encombrement électoral l'année dernière. Seul baromètre national de la représentativité des syndicats, même s'il est
imparfait, ce rendez-vous prud'homal est un enjeu politique majeur pour les organisations de salariés. Ce sera encore plus vrai cette fois-ci, car il achèvera une année où les
partenaires sociaux vont jouer leur crédibilité d'acteurs du droit social français.
La dernière photographie prud'homale date de 2002. Elle est intervenue après 4
ans marqués par la mise en place des 35 heures puis le retour de la droite au pouvoir. Elle n'avait pas révélé de bouleversement des rapports de forces mais des évolutions
intéressantes. La CGT était restée toujours largement devant mais avait continué à se tasser (- 1 point, à 32 %) tandis que la CFDT, qui venait de changer de numéro 1, restait stable (25
%). Le grand perdant du scrutin avait été FO, qui avait chuté de 10 %, revenant à 18 %, parallèlement à une progression des petites organisations réformistes : la CFTC (10 %), la
CGC (7 %), mais aussi l'UNSA (5 %), non reconnue représentative au niveau national, qui avait fait une percée.
Le millésime 2008 va intervenir dans un contexte profondément renouvelé. D'autant
que des dossiers majeurs vont être ouverts. Notamment les retraites, mais aussi la réforme annoncée de la représentativité et du financement des syndicats, sur fond de caisse noire de l'UIMM.
Dans un premier temps, la refonte a été confiée aux partenaires sociaux, enjoints d'ouvrir une négociation. Ce sera chose faite le 24 janvier. Mais rien pour l'instant ne permet
d'assurer qu'ils seront capables de revoir réellement le système de représentation professionnelle qui prévaut depuis les années 1960. Une chose est sûre : les
syndicats ne parleront pas d'une voix. Ils se divisent en 2 camps. Dans le premier, il y a les 2 plus forts, la CGT et la CFDT, ainsi que l'UNSA et SUD pour l'instant exclues du jeu
dans le privé. Toutes réclament une révision totale des règles. Actuellement seules 5 confédérations voient de fait leur existence reconnue légalement au niveau national (CGT,
CFDT, FO, CFTC, CGC) et ce en vertu d'un arrêté de 1966 fondé notamment sur leur comportement pendant l'Occupation allemande, et leur pouvoir de signature d'accords est
identique, sauf au niveau des entreprises, où il est assis sur leurs résultats aux élections professionnelles.
CGT, CFDT, UNSA et SUD veulent une reconnaissance syndicale assise partout sur
l'audience. Mais la situation n'est pas forcément simple pour eux, puisque l'exécutif a fait
savoir qu'une telle réforme, qui renforcerait les règles de validité des accords majoritaires, devrait s'accompagner d'un développement du champ de la négociation dans les entreprises au
détriment de la loi. François Fillon a déjà demandé une négociation interprofessionnelle pour permettre aux entreprises de s'affranchir totalement de la réglementation sur le temps de travail.
FO, la CFTC et la CGC sont dans le second camp. Elles seront en effet directement menacées si le critère de l'audience s'impose et vont donc tenter de s'y opposer.
Mais, dans les 2 camps, les syndicats sont conscients qu'il va falloir
redoubler d'efforts pour faire entendre sa voix et renforcer son audience auprès des salariés pour peser dans le jeu social. Avec un risque pour l'exécutif : que cela conduise à durcir les
discours syndicaux et à bloquer les discussions. Mais ce serait un risque partagé avec les syndicats, puisque l'Élysée comme Matignon n'ont pas caché qu'ils n'hésiteraient pas à reprendre la main
si les partenaires sociaux s'avéraient incapables de s'entendre sur des réformes conséquentes.
C'est l'un des enjeux de la négociation sur la modernisation du marché du travail. Une dégradation du
climat social en 2008 n'est cependant pas à écarter. Surtout si la revendication du pouvoir d'achat enfle.
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