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La journée de réflexion 
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Analyses

Lundi 19 novembre 2007

"Malgré les négociations, c'est la base qui décide, à chaud"
 


Sources : Challenges.fr | 19.11.2007 | 11:06 |


par René Mouriaux, professeur de sciences politiques, auteur du "Syndicalisme en France" (PUF, 5e édition, 2005).

Propos recueillis par Jean-Marie Pottier, (le vendredi 16 novembre 2007)


Jeudi, beaucoup d'observateurs croyaient apercevoir la fin du mouvement contre les modalités de réforme des régimes spéciaux. Or, il paraît reparti, et certains considèrent que les syndicats sont dépassés par leur base. Cette vision vous paraît-elle vraie ?
Les fédérations ont toujours dit que les négociations seraient soumises à l'approbation des salariés, donc ce phénomène n'est pas surprenant. La CGT, par exemple, savait très bien que ses troupes étaient très fortement mobilisées à certains endroits.

Le syndicalisme français n'est pas un syndicalisme d'encadrement mais de confrontation : il y a toujours eu chez lui cette "double détente", avec une base qui dit à sa direction "Vous pouvez négocier, mais il faudra obtenir". C'est quelque chose que l'on a déjà observé en 1936, en 1968, en 1995… Malgré les négociations, c'est la base qui décide, à chaud.


Comment expliquer le fait que le mouvement "résiste" ainsi pendant plusieurs jours ?


Ici, la comparaison avec 1995 s'impose, avec plusieurs grandes différences. Le front social est beaucoup plus restreint, puisque la Fonction publique, et notamment les enseignants, ne sont plus concernés par la réforme, qui touche 500.000 actifs qui ne sont pas encore à 40 ans de cotisation.
Ensuite, le phénomène de "grève par procuration" constaté à l'époque par Stéphane Rozès [directeur du département opinion de CSA, ndlr], et associant les salariés du public et ceux du privé, est beaucoup plus fragile. 

Enfin, la position du gouvernement est beaucoup plus forte, car Nicolas Sarkozy a effectivement été élu sur un programme d'inspiration libérale, alors que Jacques Chirac avait lui été élu sur un programme de "fracture sociale".

Par rapport à ces différences, la résistance du mouvement s'explique par plusieurs facteurs. Il y a le fait que cette réforme constitue une rupture unilatérale du contrat de travail difficilement compréhensible pour des salariés qui avaient été embauchés sur la base d'un régime spécial de retraite.
Il y a ensuite une certaine arrogance du gouvernement, symbolisée par la déclaration de Nicolas Sarkozy, le 11 septembre, sur la situation "indigne" des régimes spéciaux, ou par celle de François Fillon expliquant que la question des carrières longues, qui constituait un des acquis obtenu par la CFDT en mai 2003, serait réexaminée. 

Il y a enfin l'augmentation de 140% du salaire du chef de l'Etat, qui a fait tache dans ce contexte.
Face à cela, le gouvernement a hésité entre deux attitudes: passer en force, avec des dates-butoir, ou négocier. Or, une fois que la machine de la grève est lancée, il faut du concret, alors que le flou alimente la dynamique des revendications des deux côtés: il suffit de voir les récentes déclarations de Patrick Devedjian évoquant la possibilité de "contre-manifestations"… Malgré la présence de Raymond Soubie, ce mouvement a été mal géré par le gouvernement, qui n'a pas trouvé les bonnes propositions pour le désamorcer.


Contrairement à 1995 et 2003, la direction de la CFDT s'est impliquée dans le mouvement, alors que, pour la CGT, Bernard Thibault a surpris en acceptant des négociations au niveau des entreprises la veille du début de la grève...


L'attitude de la CFDT est liée au fait que le gouvernement va trop vite, bouscule, ne prend pas soin de ses partenaires. Elle trouve que le calendrier de cette réforme n'est pas raisonnable et qu'elle manque de concertation: le chef de l'Etat reçoit, mais on a l'impression que l'intendance ne suit pas derrière. De plus, elle a perdu 100.000 adhérents après le mouvement de 2003 et ne veux pas essuyer de nouvelles pertes.

La CGT, elle, craint l'isolement et la surenchère. L'annonce de Bernard Thibault était symbolique, puisque la grève était déjà lancée. Il savait que la négociation globale n'était pas possible et que le rapport de force était défavorable, et ne voulait pas que la CGT apparaisse une nouvelle fois comme négative, nihiliste, alors qu'elle signe beaucoup d'accords dans les entreprises.

Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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Vendredi 23 novembre 2007

Les confédérations syndicales mises à l'épreuve par la base


Sources : Les Echos  22
/11/07 
 
Le conflit sur les régimes spéciaux de retraite a été une rude épreuve pour des confédérations syndicales souvent débordées, voire ignorées, par les grévistes. Il a mis au jour, aussi, des stratégies divergentes entre le sommet et la base syndicaux.


· Bernard Thibault face à des cheminots résistants

La CGT est la plus exposée. A la fois parce que c'est la première organisation à la SNCF, à la RATP et à EDF et GDF et parce qu'elle s'est positionnée clairement dans l'opposition à Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, le conflit sur la réforme des régimes spéciaux menace ses bastions et risque en même temps de l'enfermer dans une image corporatiste. Une fois n'est pas coutume, son leader, Bernard Thibault, a donc pris le risque d'intervenir directement dans le conflit pour proposer une porte de sortie (des négociations d'entreprise tripartites). Il a pris soin de s'afficher pour cela avec les représentants des trois secteurs concernés, dont Didier Le Reste, des cheminots.

Mais, fédéralisme oblige, le leader de la CGT, qui ne veut pas gâcher son image dans le privé, n'a pas le pouvoir d'imposer quoi que ce soit à ses troupes... Et les cheminots cégétistes n'ont pas tardé à reprendre leur liberté, au motif que la base était déterminée, provoquant un regain de tension avec le gouvernement en fin de semaine.

La confédération est donc de nouveau intervenue, en particulier le week-end dernier, pour trouver une issue au travers d'une plate-forme revendicative commune pour aller à la négociation à la RATP, à la SNCF et à EDF, sans dogmatisme. Pour l'instant, la Fédération CGT des cheminots paraît prête à reprendre la méthode à son compte. Quoi qu'elle fasse de toute façon, il est probable que les cégétistes les plus jusqu'au-boutistes rejoignent son principal concurrent.


· François Chérèque pris à contre-pied

Lorsqu'il a lancé son appel à la reprise du travail, le 14 novembre au soir, le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, vivement pris à partie dans le cortège parisien mardi, avait sans doute avant tout à l'esprit la montée de l'exaspération dans l'opinion face aux grèves. Cultivant l'image d'une organisation raisonnable, soucieuse de l'intérêt général, le leader cédétiste a saisi l'occasion de la lettre de Xavier Bertrand acceptant l'ouverture de négociations tripartites dans les entreprises pour tenter de reprendre la main alors que, jusque-là, il avait laissé le champ libre à Bernard Thibault.

Mais la CFDT-cheminots a joué à contretemps. Elle a commencé par contredire François Chérèque, en votant jeudi la poursuite de la grève, avant de se raviser. Résultat : son changement de cap est intervenu après l'avertissement de Xavier Bertrand aux syndicats sur le fait qu'il fallait choisir entre la grève et la négociation. Les cheminots cédétistes n'ont, de toute façon, pas grand-chose à perdre : l'hémorragie des militants a déjà eu lieu.


· Le silence de Jean-Claude Mailly

D'ordinaire jamais avare d'une expression publique, le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, est plus discret qu'à l'ordinaire, ces derniers temps. On le comprend. Soucieux de ne pas réveiller de conflits internes dans une organisation qu'il a trouvée déchirée à son arrivée et qu'il a réussi à apaiser, le leader syndical se garde de réveiller les vieux démons. Il apporte donc son soutien à ses troupes, où les trotskistes du Parti des travailleurs sont très actifs. Mais n'en rajoute pas.

Soucieux, comme les autres, de l'image de son organisation dans le privé, il a bien conscience, comme les autres dirigeants confédéraux, que l'opinion publique ne soutient pas le mouvement comme les précédents. Or il joue peut-être encore plus gros que la CGT et la CFDT dans les prochaines élections prud'homales, alors que se profile une réforme de la représentativité.


LEÏLA DE COMARMOND
Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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Vendredi 23 novembre 2007


Une analyse du mouvement en cours.

Source
: L’Huma
Politique - Article paru le 19 novembre 2007 
 
Spécialiste du monde cheminot, l’historien Christian Chevandier est Maître de conférences à Paris-I Panthéon-Sorbonne, auteur de "Cheminots en grève, ou la construction d’une identité" (1848-2001). Éditions Maisonneuve et Larose.


La situation d’aujourd’hui vous semble-t-elle complètement inédite ou peut-on l’inscrire dans une certaine continuité ?

Christian Chevandier.
Tout mouvement social est exceptionnel. Celui-ci comme les autres. Mais il n’en est pas moins le produit d’une histoire. Ce qui me semble nouveau, c’est l’importance de la démocratie dans le mouvement. Les assemblées générales sont vraiment souveraines, ce qui n’était pas le cas il y a quelques décennies. De même, la volonté de convaincre « les copains et copines qui ne sont pas grévistes », comme je l’ai entendu dans une AG, plutôt que de les considérer comme des ennemis, c’est remarquable. Mais cela ne correspond-il pas tout simplement à l’évolution de la société française ?


Quel lien établir entre le statut particulier des cheminots et les autres salariés ? Faut-il parler d’une aristocratie ouvrière au sens propre ou figuré ?

La tentation est forte d’insister sur ce qui est à part et d’oublier que les similitudes sont grandes. Le statut des cheminots et leur régime de retraite datent de l’époque des compagnies ferroviaires privées. C’était pour elles un moyen de garder leur personnel à un moment où les ouvriers changeaient souvent d’employeur. Du coup, tout comme pour les congés payés qu’ils ont eu bien avant 1936, ils sont conscients d’avoir servi de modèle. Aristocratie ouvrière ? Oui, si l’on veut parler de travailleurs qui possèdent leur métier, en sont fiers, sont conscients de leur utilité sociale, mais les cheminots sont alors loin d’être les seuls. Mais parler de privilégiés, lorsque l’on sait ce qu’est leur travail, est d’une stupidité confondante.


Toutes les forces de gauche se sont-elles rangées systématiquement aux côtés des cheminots ?

Non. Je pourrai citer quelques exemples, mais l’interprétation pourrait en être anachronique. Disons simplement que lorsqu’une force de gauche mégote son soutien, elle finit par perdre sa raison d’être et risque plus largement d’évoluer vers autre chose. En se mettant ailleurs, elle se transforme en autre chose.


Dans l’histoire, peut-on dire que les intérêts des cheminots comme corporation ont jamais divergé de l’intérêt national ?

La question semble renvoyer à une spécificité du monde cheminot. L’histoire du groupe social est un élément d’explication. Ainsi, en permettant de joindre rapidement toutes les régions, les chemins de fer ont contribué à l’unification du pays et les cheminots qui ont adhéré à ce projet ont en partie construit la nation au XIXe siècle. La considérable participation du groupe social des cheminots à la Résistance est bien sûr ce qui vient d’abord à notre esprit. Cela s’inscrit dans l’histoire du rapport en France de la classe ouvrière à la nation, assez exceptionnel mais qui correspond à une conception assez ouverte de la nation, dont chacun peut décider de faire partie. Cela recoupe aussi le sens de l’intérêt général qui revient sans cesse dans les propos des cheminots, qui expliquent qu’ils se battent pour tous. J’ai entendu mercredi 14 au matin, lors d’une AG dans un dépôt, un mécanicien expliquer qu’il n’était pas envisageable d’accepter que les futurs embauchés n’aient pas le même statut que lui : « Je ne pourrais pas les regarder dans les yeux. » Cela, on le retrouve dans d’autres groupes qui expliquent que leurs luttes correspondent à l’intérêt de l’ensemble de la population. C’est le cas des postiers, des enseignants, du personnel soignant, etc. Mais ce n’est pas simplement une démarche liée au service public : les travailleurs du privé, lorsqu’ils se battent pour leurs conditions de travail, peuvent aussi avoir en vue l’intérêt du client : ils n’aiment pas fournir des services et des marchandises de mauvaise qualité, ne serait-ce que parce que rien n’est plus frustrant que d’être amené à mal faire son travail. Les cheminots avaient déjà le sens du service public bien avant la création de la SNCF, en 1937 ; cela apparaissait dans leurs mouvements sociaux, dans leurs revendications.


Est-ce la première fois que l’idée d’un retour à l’« équité » est utilisée par le pouvoir politique pour tenter de déconsidérer le mouvement des cheminots ?

Dans la mise en place d’un rapport de forces, la tentation des opposants à une grève a toujours été de démontrer que les intérêts des grévistes et ceux de la population divergent. Mais cela n’a rien non plus de spécifique : lors de la grève des mineurs, au printemps 1963, des articles ont dénoncé leurs scandaleux privilèges. Pensez donc ! Certains étaient logés par l’employeur et les services sociaux et sanitaires des Houillères étaient d’une réelle efficacité.


Les médias dominants jouent un rôle notable pour peser sur le mouvement. En quoi la « bataille de l’opinion » sera décisive pour l’avenir du mouvement en cours ?

Elle l’est toujours. C’est comme cela que les grèves du personnel hospitalier en 1988 et 1991 lui ont permis, notamment aux infirmières qui étaient les plus actives dans ce mouvement, d’obtenir de meilleures conditions d’exercice et des augmentations salariales sans équivalent dans ce pays depuis les années 1970. Mais c’est aussi parce qu’elles ont su imaginer des formes d’action qui ne les opposaient pas aux usagers.  C’est sans doute, pour les cheminots, un des enjeux du présent mouvement social que d’être capables de trouver des modes d’action qui prennent en compte l’intérêt des voyageurs.  Cela dit, l’hostilité des médias (mais pas, individuellement, des journalistes) n’est pas quelque chose de nouveau. Dès le XIXe siècle, hors de la presse socialiste, anarchiste ou syndicaliste, les articles étaient hostiles. La télévision faisait déjà pleurer en 1986 et 1995 sur les « victimes de la grève ». L’expression si indécente de « prise d’otages » n’est pas d’aujourd’hui.


Comment apprécier les victoires ou les défaites dans les conflits ? Ne font-elles pas elles-mêmes l’objet d’un débat politique ?

Bien sûr ! J’entends parfois des cheminots expliquer : « On ne se laissera pas avoir comme en 1986 et 1995. » Mais ces 2 fois-là, ils ont gagné ! Cela s’explique peut-être parce que reprendre le travail est toujours difficile, tout simplement parce qu’une grève est un moment exceptionnel. Tous ceux qui ont participé à un mouvement social savent bien quel souvenir ils en gardent toute leur vie. C’est pour cela que j’ai envie de vous dire que les grévistes de novembre 2007, quelles que soient les suites du mouvement, ont déjà gagné. Ils ont gagné parce qu’ils ont été capables de se mettre en grève alors qu’on nous explique que cela ne sert à rien, que c’est dépassé, que le mot « solidarité » n’a plus aucun sens…



Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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Vendredi 23 novembre 2007

Le "retournement" de l'UNSA a échoué, admet-on au gouvernement...

Le gouvernement a été réactif et soudé depuis le lancement de la réforme. Mais il n'a pas réussi à stopper la grève à la RATP, comme il l'espérait, ni à prendre appui sur l'Unsa.
 
Source : Les Echos [ 22/11/07 ]


Depuis l'ouverture du chantier de la réforme des régimes spéciaux, l'organisation bien huilée de l'exécutif a été largement mise en avant : suivi en direct de l'Elysée, coordination avec Matignon, symbiose avec les directions des entreprises concernées, liens permanents du ministère du Travail avec les syndicats, etc. De fait, tout en se montrant très réactif, l'Etat a évité tout dérapage verbal ou erreur manifeste dans la négociation, qui aurait pu conduire à faire capoter la réforme. Tout n'a pourtant pas marché comme prévu.


· Les syndicats de la RATP n'ont pas lâché les cheminots

Le gouvernement et la direction de la SNCF ont d'emblée focalisé leurs efforts sur les conducteurs autonomes de la FGAAC (30 % des agents de conduite), afin qu'ils se désolidarisent de la grève. Avec succès (dès le soir de la grève du 18 octobre), quitte à permettre aux conducteurs de partir en retraite sans pénalité à 52,5 ans. Après la grève du 14 novembre, il s'agissait d'isoler les cheminots : la reprise du travail a été facile à obtenir à EDF et GDF, qui n'ont pas la culture des grèves illimitées, mais, alors que le gouvernement tablait sur un essoufflement rapide à la RATP, les perturbations dans le métro parisien et le RER A et B (qui transportent respectivement 1,1 million et 500.000 voyageurs par jour) constituent le point noir depuis neuf jours, et expliquent la pagaille en Ile-de-France. La RATP souligne le très fort taux de grévistes chez les conducteurs de métro et de RER. « Nous ne pensions pas qu'ils réagiraient aussi vivement, sachant qu'ils sont peu affectés par la réforme. Nous ne les avions donc pas «ciblés» spécifiquement », reconnaît un conseiller gouvernemental. De fait, les conducteurs de la RATP, qui peuvent cesser le travail à 50 ans, partent déjà en retraite, en moyenne, à plus de 52 ans. Ils ne seront donc quasiment pas affectés par la décote, mais ils se battent contre la suppression des bonifications de carrière pour les nouveaux agents.


· Les tentatives de séduction de l'Unsa ont échoué

La CFDT, la CFTC et la CGC ayant une audience limitée à la SNCF et à la RATP, l'exécutif a beaucoup misé sur l'Unsa (deuxième syndicat dans ces entreprises) pour limiter l'impact des grèves. Il a bien cru y parvenir à la RATP, mais, le 8 novembre, la ligne dure (incarnée par l'Unsa Bus) l'a emporté de justesse et le syndicat s'est engagé dans un préavis reconductible. L'Unsa Cheminots a suivi la stratégie unitaire de la CGT. « Le retournement de l'Unsa a échoué », admet-on au gouvernement, qui a constaté, avec une certaine aigreur, le peu de pouvoir de la confédération sur ses organisations dans les transports, et les divisions au sein même de l'Unsa à la RATP. C'est bel et bien la CGT qui a offert une porte de sortie.


· Les enjeux financiers suscitent des tensions entre les entreprises et Bercy

Derrière l'unité de façade, les rapports entre les directions d'entreprises et l'exécutif ne sont pas simples. Les régimes spéciaux ont, longtemps, été utilisés par la SNCF et la RATP pour accorder des avantages à leurs agents sans impacter leur compte de résultat (un « treizième mois pension » a encore été récemment instauré à la RATP). La réforme impose le mouvement inverse. Mais des réflexes perdurent. Ainsi, quand la SNCF propose une hausse de 1 % de salaire par année supplémentaire travaillée en fin de carrière, le coût est quasi nul pour l'entreprise, mais il est majeur pour le régime de retraite (la pension restant calculée sur les six derniers mois), donc pour l'Etat, via la subvention d'équilibre. « Ce n'est pas forcément ce que nous recherchons... », commente un des pilotes de la réforme. Ainsi, Bercy a donné l'alerte, la semaine dernière, à la lecture du préaccord négocié à la SNCF avec la CFDT, la CFTC et la CGC. A la RATP et à la SNCF, les directions ont accepté de négocier l'intégration de certaines primes dans le calcul de la retraite (en moyenne, 14 % du salaire ne sont pas pris en compte à la RATP, 16 % à la SNCF).


· Des aménagements à la réforme qui risquent de peser en 2008

Cette prise en compte directe des primes, même si elle devrait rester minime, était exclue dans le document d'orientation présenté par Xavier Bertrand le 10 octobre, qui prévoyait simplement, comme cela a été fait en 2003 pour les fonctionnaires, de mettre en place des systèmes de retraite complémentaire en faisant cotiser les salariés sur les primes. La différence est notable, car dans le cas de la RATP et de la SNCF, le bénéfice est immédiat. Au risque de voir les fédérations de fonctionnaires réclamer les mêmes avantages lors de la deuxième étape de la réforme des retraites, en 2008. Elles pourront aussi et surtout revendiquer l'assouplissement de la décote réduisant la pension en cas de trimestres manquants : dans les régimes spéciaux, elle ne s'appliquera que sur deux ans et demi maximum en 2012, puis trois ans et demi ensuite, contre cinq ans dans le privé et le public.


ÉTIENNE LEFEBVRE
Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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Vendredi 23 novembre 2007
 

La démocratie contemplative
 
 
 
Source : LIBERATION QUOTIDIEN, Rebonds, jeudi 22 novembre 2007.
 
 
Michel Wieviorka, directeur d'études à l'EHESS, président de l'Association internationale de sociologie
 
Le constat est unanime : notre chef d’État est omniprésent – hyperactif et agité, disent les plus critiques ; soucieux de s’engager personnellement pour avancer rapidement et efficacement dans les réformes nécessaires à notre pays, disent ses partisans. Mais ne nous contentons pas de l’observation, encore superficielle, qui insiste sur la façon dont il apparaît constamment dans les médias. Examinons plutôt comment il concilie ses projets de changement et l’exigence démocratique.
 
 
D’une part, notre président, Nicolas Sarkozy, exerce le pouvoir en laissant beaucoup moins de responsabilités à ses ministres que ses prédécesseurs. Ce n’est pas leur faire insulte que de noter que l’Elysée, aujourd’hui, définit, oriente, pilote et, le cas échéant, rectifie leur action, qu’ils n’ont guère d’autonomie, qu’ils ne constituent pas, ou encore moins qu’hier, un niveau décisif du système politique. De même, les parlementaires de la majorité forment un ensemble sans grande capacité d’initiative, et qui relève plutôt du modèle des «godillots». Eux aussi marchent droit, et avalent, à l’occasion, les couleuvres qui leur sont imposées depuis l’Elysée. La gauche a bien des torts dans ses propres errements. Elle est responsable de sa crise intellectuelle, morale et de leadership. Mais Nicolas Sarkozy apporte sa contribution à ses difficultés, et sa stratégie – par exemple avec l’ouverture à des personnalités anciennement socialistes –, est clairement de faire en sorte qu’elle continue à s’y enfoncer. L’extrême droite est elle aussi affaiblie, dépossédée qu’elle est par le chef d’Etat de l’essentiel de sa thématique sur l’immigration. Il faut donc admettre que celui-ci, par son action, renforce le déficit démocratique, en affaiblissant les acteurs qui jouent classiquement un rôle dans le fonctionnement de notre système politique, qu’ils soient de son bord ou dans l’opposition, sur sa gauche, sur sa droite ou à ses côtés.
 
 
D’autre part, notre président, sans aller jusqu’au bras de fer, menace d’asphyxier le peu que nous avons en France de syndicalisme. Celui-ci étant localisé pour l’essentiel dans la fonction publique et les entreprises publiques. En s’appuyant sur une opinion qui accepte mal le maintien des régimes spéciaux de retraites que défendent les syndicats, et qui est assez largement excédée par les grèves (transports notamment), il s’en prend en fait à un des rares acteurs collectifs qui lui résiste, et qui représente une médiation entre la société et le pouvoir politique. C’est d’ailleurs pourquoi les syndicats ne sont pas aussi affaiblis, dans l’opinion, que ce que Nicolas Sarkozy pouvait espérer : même si leurs revendications semblent excessives, ils incarnent précisément une des dernières institutions susceptible de se dresser entre lui et un peuple atomisé.
 
 
Enfin, Nicolas Sarkozy, suivi en cela par certains de ses ministres, accorde une réelle importance à la mise en place de missions et de commissions (Balladur, Juppé, Attali, Colombani…) ou de rencontres (du type : Grenelle de l’environnement) supposées dresser un état des lieux dans un domaine précis, et préparer la réflexion pour projeter notre pays vers le futur. Le propre de ces initiatives est qu’elles relèvent du seul bon vouloir du pouvoir, qu’elles ne sont jamais destinées à perdurer, et qu’elles n’accordent aucun pouvoir décisionnel à ceux qui y participent. Tout au plus alimentent-elles la réflexion du pouvoir et nourrissent-elles le débat public. Mais il n’y a rien de comparable, par exemple, à ce qu’était le Plan, cette «ardente obligation» qui instituait et pérennisait la mise en relation de divers acteurs sociaux, patronat et syndicats notamment, et qui traçait les modalités d’un avenir possible pour notre pays. Là aussi, la logique va en sens inverse de la création, du respect ou du maintien des médiations entre le pouvoir et l’opinion, il n’est mis en place aucune structuration réelle, durable, de la préparation du futur.
 
 
Rassemblons ces remarques : la tendance actuelle est nettement à court-circuiter les instances, organisations, institutions intermédiaires entre le pouvoir présidentiel et la société, dans sa diversité, et à accorder un rôle décisif aux médias – ce qui implique aussi d’exercer sur eux sinon un contrôle direct, du moins un mélange de pressions et d’invitations à suivre heure par heure les activités du Président.
 
 
Tout cela donne l’image d’une assez grande nouveauté. Avant même son élection, Nicolas Sarkozy était l’objet de comparaisons plus ou moins flatteuses : avec Margaret Thatcher, qui a remporté l’épreuve de force qu’elle avait choisie d’affronter avec le syndicalisme pour imposer une politique libérale, avec Tony Blair, pour ses orientations modernisatrices et réformistes, avec Silvio Berlusconi, pour son rapport à l’argent et aux médias, avec Vladimir Poutine, pour ses tendances à concentrer le pouvoir personnel, sans parler de projections historiques vers la famille Bonaparte, qu’il s’agisse de Napoléon Ier ou de Napoléon III. En même temps, nous avons beaucoup évoqué, tout au long de la campagne présidentielle, la démocratie participative et la démocratie délibérative, pour rendre compte de la façon dont la démocratie représentative, compte tenu de ses limites, pouvait être sinon relayée, du moins renforcée. Mais il faut bien admettre qu’aucune des comparaisons proposées pour Nicolas Sarkozy n’est pleinement satisfaisante, et que l’évolution de la démocratie actuelle n’est pas réductible aux catégories qui viennent d’être rappelées.
 
 
Nous sommes en effet dans une phase où le pouvoir ne met pas en jeu les libertés fondamentales, mais nous pousse – et peut-être la société se laisse-t-elle elle-même pousser – vers une sorte de passivité, vers l’acceptation de fait du spectacle politique qu’il met en scène, sans répit, et en faisant fi des intermédiaires qui permettent d’ordinaire à la démocratie de fonctionner. Ce spectacle a besoin des médias pour être relayé, et ceux-ci portent bien leur nom, ils sont désormais la principale forme organisée qui assure le lien entre le Président et une société, qui, de plus en plus, en matière politique, semble devoir se passer de représentation forte, d’institutions actives, mais qui n’est guère pour autant engagée dans de vastes débats participatifs ou dans des processus massifs de réelle délibération.
 
 
Une formule d’un grand sociologue russe récemment disparu, Youri Levada, à propos de la Russie de Poutine, rend bien compte de cette situation : nous sommes entrés dans l’ère de la démocratie contemplative. Vivement que nous en sortions !
 
 
Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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Lundi 4 février 2008


Le rapport Attali valide une vision utilitaire de l’école, au détriment d’ambitions culturelles déjà déficitaires.

Le rapport remis par Jacques Attali sur les moyens de relancer la croissance doit faire l’objet d’un examen critique approfondi. Des groupes de réflexion comme particulièrement intéressante. Globalement, nous assistons bien à la

liquidation radicale (prônée ici par un « homme de gauche ») d’un modèle du « bien commun » fondé sur le débat démocratique et l’engagement de l’État comme expression de la volonté nationale. C’était le modèle du Conseil National de la Résistance dont la droite libérale appelle à se débarrasser depuis maintenant plusieurs années. Il est remplacé par le modèle bien plus archaïque – et qu’on veut nous faire passer pour « moderne » - de Guizot : « Enrichissez-vous ! ». On prend acte de la montée des individualismes et de la confrontation des intérêts particuliers et on joue sur ceux-ci pour produire des effets d’enrichissements individuels censées créer miraculeusement lacroissance nationale. En cherchant à résoudre ses problèmes immédiats et encourant après son propre profit, l’homme « moderne » ferait progresser un pays réduit à la juxtaposition des richesses individuelles. Le collectif dans sa spécificité est ramené à la somme des agitations individuelles et corporatistes : on fait l’hypothèse qu’en faisant monter les tensions sociales, au sein des groupes (puisqu’il faut toujours « s’en sortir » mieux que les autres et contre les autres) et entre les groupes (identifiées comme consubstantiellement concurrents), on crée du développement cohérent.  .../...

 


Lire la suite :

 

  http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/54/74/48/Rapports/bloc_notes_26janvier2008.pdf
Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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Lundi 17 mars 2008

Raz de marée à gauche le 16 mars : KO social ! 
 

par Gérard Filoche


La France est de gauche, avec un handicap : un président ultra droite ! 
 

Mieux qu’au printemps 2004 ! Sans doute 60 départements sur 100 à gauche, des dizaines de villes importantes gagnées sur la droite, une majorité en voix, une majorité en villes, une majorité en départements !
Les mêmes effets produisent les mêmes causes : contre Sarkozy-Fillon comme contre Chirac-Raffarin !

La gauche n’a pas gagné la présidentielle ni en 2001 ni en 2007 parce qu’elle n’est pas assez à gauche, pas assez opposante, pas assez attaquante contre le capitalisme, pour la redistribution des richesses, pour les 35 h, les 1500 euros, la retraite à 60 ans, la Sécu, les écoles, les services publics… 

Mais pour autant la majorité de notre peuple ne supporte pas les politiques de la droite, et confirme chaque fois qu’elle le peut, son antilibéralisme ! Et c’est le cas en mars 2008 comme en mars 2004. La majorité de la France est de gauche.
Il y a eu plus votants en 2008 qu’en 2001 mais  même les abstentions élevées signifient quelque que chose : que Bling-bling est rejeté par ceux qui se sont laissées temporairement abuser par lui lors du vote à 53/47 % du 6 mai 2007.
Personne n’a intérêt à la politique de ce président sauf les 2 % des grandes fortunes,  des grands actionnaires, des privilégiés. 
Il y a eu une anomalie ce jour funeste où la France a élu le pire des présidents qu’elle ait jamais eue.  Les yeux, les esprits s’ouvrent. La parenthèse est terminée, à peine 10 mois après !

 « Ça va mal finir » si les intégristes néo libéraux conservateurs qui nous dirigent n’entendent pas le message des 9 et 16 mars : ils sont MINORITAIRES !
Augmentez massivement les salaires !” tel est le mot d’ordre central et il déclenchera si la droite et le patronat ne veulent rien savoir, un vaste mouvement dans le pays. 

Pour autant le Parti socialiste, parti hyper majoritaire à gauche, dont les Français se servent, qu’ils utilisent pour combattre la droite, n’est pas à la hauteur : pas de programme alternatif, pas de critique de fond du capitalisme néo libéral, pas de stratégie d’union de la gauche, pas d’élan conquérant, entraînant sur des revendications centrales et immédiates.
Des dirigeants du PS ont même osé « servir la soupe » avec insistance et ostentation au Modem, un parti de droite au lieu de le combattre et de travailler à l’unité de toute la gauche.
Ils ont perdu, l’hypothèque Modem est levée ! Autant que de la défaite de Sarkozy, réjouissons nous de la défaite de ce faux centre. C’était un groupuscule de droite, qui cherchait à brouiller les cartes entre gauche et droite et il a encore échoué, et pour la gauche c’est une victoire, une clarification  ! Il faut éradiquer le plus possible les illusions qui visent à nourrir le Modem plutôt que le PS, l’alliance au centre plutôt que l’alliance à gauche !  Ce n’est pas seulement une impasse c’est une terre de perdition, de quoi couler le PS et le faire perdre indéfiniment.

Entre gauche et droite, il n’y a pas de centre, c’est comme le triangle des Bermudes, plus on le cherche plus on s’y perd.
Il faut une gauche aussi unie et fidèle aux salariés que la droite est fidèle au patronat et aux actionnaires.
 
Gérard Filoche D&S (le 16 mars au soir)

Par SEP (Syndicat de l'Education Populaire)
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