Financement des syndicats (suite)
Le financement des syndicats en question
Source : La Croix
La brigade financière de Paris mène une enquête sur les retraits d'argent liquide de la part des dirigeants de la fédération patronale de la métallurgie. Ce dossier fait resurgir indirectement le problème des ressources des syndicats.
Source : La Croix
La brigade financière de Paris mène une enquête sur les retraits d'argent liquide de la part des dirigeants de la fédération patronale de la métallurgie. Ce dossier fait resurgir indirectement le problème des ressources des syndicats.
Quelle est l’origine de l’affaire ?
Le 27 septembre, le procureur de la République de Paris décide d’ouvrir une enquête préliminaire, sous le contrôle du parquet. Le 3 octobre, des policiers de la brigade financière perquisitionnent durant plusieurs heures le siège de l’UIMM ainsi qu’au domicile de Denis Gautier-Sauvagnac et d’une de ses collaboratrices, saisissant un ordinateur, des documents comptables et d’importantes sommes d’argent, entre 400 000 € et 500 000 €. Selon l’AFP, citant des sources proches de l’enquête, ces investigations auraient permis de découvrir 2 autres comptes bancaires ayant, eux aussi, fait l’objet d’importants retraits de fonds.
Quelles sont les sources actuelles de financement des syndicats ?
D’où provient le reste ?
Des « subventions publiques ou parapubliques », en provenance des collectivités territoriales, ou de l’État : le projet de loi de finances 2008 prévoit ainsi 29,9 millions d’euros au titre du « dialogue social et de la démocratie sociale » (formations des responsables syndicaux…). Une somme à laquelle il faut ajouter des compensations pour la gestion des organismes paritaires (Sécurité Sociale, UNEDIC) et un pourcentage pris sur les fonds récoltés pour la formation professionnelle (40 millions chaque année, répartis à parts égales entre patronat et syndicats).
Enfin, les syndicats bénéficient d’une mise à disposition de personnels par la Fonction Publique ou par des entreprises. Parfaitement réglementé dans le premier cas (environ 5 000 « équivalent temps plein » sont ainsi détachés de la Fonction Publique d’État pour un montant de 158 millions d’euros, d’après le rapport Hadas-Lebel), le cadre juridique applicable au privé est beaucoup plus flou, ce qui fait craindre aux responsables syndicaux – même s’ils ne le formulent pas explicitement – d’être poursuivis pour emplois fictifs ou abus de biens sociaux.
Qu’en est-il des organisations patronales ?
« Les dépenses de fonctionnement de la CGPME sont entièrement assurées par les cotisations de nos adhérents » (branches professionnelles, organisations territoriales et adhésions individuelles de grands groupes), assure Jean-Louis Jamet, trésorier de l’organisation. La CGPME reçoit aussi des financements au titre du paritarisme et des fonds de la formation professionnelle. « Les autres fonds dont nous bénéficions sont utilisés pour financer nos actions, en faveur de l’apprentissage ou de la formation professionnelle par exemple », poursuit-il. Le MEDEF, de son côté, s’appuie sur les cotisations des branches professionnelles (l’UIMM constitue le principal contributeur) et de ses représentations territoriales. Il perçoit également des fonds des organismes paritaires et de la formation professionnelle.
Quelles sont les pistes de réforme ?
Afin d’encourager les salariés à adhérer et d’augmenter ainsi le nombre de cotisants, Raphaël Hadas-Lebel proposait de renforcer l’exonération fiscale liée à la cotisation syndicale, ou encore d’introduire un système de crédit d’impôt, qui profiterait alors aussi aux ménages non imposables. Une piste que Ségolène Royal avait inscrite dans son programme en vue de la présidentielle, après que les syndicats avaient unanimement refusé sa proposition de rendre obligatoire l’adhésion à un syndicat.
Par ailleurs, le rapport préconise d’envisager un financement public en contrepartie des missions d’intérêt général assurées par les confédérations syndicales, les sommes qui leur sont actuellement octroyées dans ce cadre n’en couvrant « qu’une partie ». « Nous sommes de plus en plus sollicités, confirme Jean-Christophe Le Duigou, par exemple pour participer au Conseil d’Orientation des Retraites, ou au Conseil d’Orientation pour l’Emploi… sans compter toutes les négociations qui sont en train de s’ouvrir à la demande du chef de l’État. »
Au MEDEF, on refuse que le financement d’une organisation comporte une part trop importante de fonds publics. « La spécificité des partenaires sociaux, explique Laurence Parisot dans un entretien aux Échos du lundi 8 octobre, (…) c’est que leur existence est fondée sur un mouvement volontariste d’adhésion, d’engagement, de militantisme. À l’origine d’ailleurs, toute subvention publique était refusée. Je préférerais rester dans cette logique-là. »
Le sujet est complexe, reconnaissent les acteurs et les observateurs du système. Réformer le financement des syndicats de salariés ne peut se faire sans réforme des règles de représentativité, figées dans le marbre depuis 1966. De nouveaux critères devraient être définis (notamment à partir des résultats aux élections professionnelles, s’accordent à dire CGT et CFDT), qui serviraient de base à l’octroi des subventions publiques. Une proposition qui fait grincer des dents FO, la CGC et la CFTC – organisations plus modestes… L’échiquier syndical pourrait alors s’en trouver bouleversé.
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