Les principaux syndicats de la SNCF et de la RATP participeront mercredi à des tables rondes
La SNCF propose 90 millions d'euros aux cheminots
Source : LE MONDE | 19.11.07 | 14h43
Pour faire revenir les partenaires sociaux autour de la table, le gouvernement a fait un geste : l'invitation envoyée par la SNCF précise que "cette table ronde pourra se dérouler en présence du représentant de l'État, si le niveau de service assuré d'ici mercredi garantit le droit au transport". Cette notion d'amélioration du niveau de service conditionnant la présence d'un représentant de l'État aux tables rondes tripartites est importante aux yeux des organisations syndicales, qui réclamaient que la reprise du travail ne soit pas posée en préalable.
Le Ministre du Travail, Xavier Bertrand, a expliqué qu'il voulait simplement "davantage de trains, de métros qui reprennent".
Ce geste du gouvernement n'explique pas tout. Selon nos informations, la SNCF a proposé aux cheminots un ensemble de mesures représentant au minimum 90 millions d'euros par an, à l'horizon de 15 ans. Si l'on s'en tient au relevé de conclusions qui avait été au départ cosigné par la SNCF, la CFTC, la CFDT et la CGC dans la nuit du 13 au 14 novembre, les mesures proposées pourraient coûter, dès la première année, 30 millions d'euros. Ce montant est appelé à croître chaque année et devrait être compris entre 80 et 90 millions d'euros au bout de 15 ans.
Ce chiffrage, qui a fait tousser la direction du budget à Bercy lorsqu'elle a eu connaissance de ce préaccord, semble désormais assumé au sommet de l'État. "Personne ne peut savoir quel sera le coût exact avant la négociation de mercredi. Ça va peut-être coûter un peu plus, confie une source gouvernementale. Mais l'essentiel, c'est ce que ça nous rapporte".
La même ouverture se dessine à la RATP. Tout en maintenant leur préavis de grève pour lundi, 3 syndicats majoritaires, CGT (36,9 %), UNSA (21, 2 %) et FO (8,75 %) ont accepté de participer, mercredi, aux négociations sur la réforme des régimes spéciaux de retraite.
Ces 3 syndicats ont indiqué que Pierre Mongin, président de la RATP, venait " de faire de nouvelles propositions validées par le gouvernement, au travers d'un courrier en date du 17 novembre, à l'ensemble des organisations syndicales afin d'ouvrir des négociations." Depuis le retrait de la CFDT, de la CGC, de la CFTC et des indépendants de la grève, seul le syndicat SUD (6,71%) refuse désormais toute discussion sur la réforme du régime des retraites.
Interrogé par Le Monde, lundi matin, le président de la RATP s'est félicité de la décision de ces 3 syndicats de rejoindre la table de négociations, tout en regrettant que cette réunion ne se tienne pas immédiatement. Depuis le début du conflit, l'entreprise a perdu " 20 millions d'euros, soit le coût de 100 bus neufs, ou plus que l'intéressement versé aux salariés en 2006 (15 millions d'euros)" a-t-il déclaré.
Les nouvelles propositions de négociation vont porter, selon M. Mongin, sur l'évolution des rémunérations et la spécificité des carrières. Parmi les pistes envisagées, 2 grands chantiers pourraient s'ouvrir : "Nous allons étudier la suppression de la mise en retraite d'office, ainsi qu'un mécanisme pour la mise en place d'une complémentaire de retraite", indique le patron de la RATP. Affirmant qu'il est "trop tôt" pour chiffrer le coût de la réforme, M. Mongin indique que ces mesures, qui auront un " impact progressif", devront respecter "l'équilibre économique de l'entreprise."
Pour faire passer l'addition et vaincre les résistances de Bercy, le Ministère du Travail insiste désormais sur les gains apportés par la réforme, en s'appuyant notamment sur le rapport du Comité d'Orientation des Retraites de 2006 : sans réforme des régimes spéciaux, l'État, qui verse chaque année 5,1 milliards d'euros aux régimes spéciaux, devrait ajouter un milliard d'euros supplémentaires d'ici à 2 050. Dans cette même hypothèse, la contribution de l'État à la SNCF passerait de 2,8 à 3,5 milliards d'euros, celle à la RATP de 400 millions d'euros à 1,4 milliard.
Les fédérations syndicales comptent bien s'appuyer sur ces chiffres lors des réunions de mercredi, pour faire monter les enchères. Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT-cheminots, a déclaré, dimanche, qu'il voulait profiter "de la fenêtre de tir qui lui est offerte".
Une question subsiste : la SNCF a-t-elle les moyens financiers de négocier ? Anne-Marie Idrac l'a rappelé, lundi, dans un entretien à La Tribune : "Nous trouverons, dit-elle, sur nos ressources propres les moyens d'accompagner la réforme".
Les dernières propositions financières de la SNCF et de la RATP ont fait mouche : au sixième jour de grève, une sortie de crise semblait se dessiner dans le conflit qui oppose syndicats et gouvernement sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. Les 6 fédérations cheminotes (CGT, FO, UNSA, CGC, CFTC, et SUD-Rail) participeront, mercredi 21 novembre, à une table ronde tripartite (entreprise, syndicats, et gouvernement) qui devrait se tenir au siège de la SNCF.
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